PRÉSENTATION SUCCINTE DES PRINCIPALES COMPOSANTES NÉGATIVES DE NOTRE PERSONNALITÉ

La liste des composantes sélectionnées ici n'est pas exhaustive et emprunte certains termes à des catégories existantes. On distingue dans ce domaine deux grands types de classifications.

Les unes sont surtout descriptives, établies à partir d'un inventaire de la constellation des caractéristiques au long cours et des traits de personnalité les plus observables chez une personne donnée.

Les autres sont dites structurales et reposent sur l'analyse dynamique de l'ossature plus profonde de la personnalité. Elles s'appuient en particulier sur la prise en compte de trois critères principaux que sont la nature des angoisses et des peurs habituelles de cette personne, les moyens ou les mécanismes les plus courants qu'elle met en oeuvre pour se défendre ou se protéger (leur nature, leur variété, leur souplesse ou leur rigidité) et, enfin, la manière dont elle entre en relation avec les autres et le monde qui l'entoure. Ce sont ces modalités relationnelles qui seront privilégiées et retenues en priorité ici.

La composante sadisante ou masochique

Le moteur principal de cette composante sera issu de la recherche du plaisir à faire mal ou à avoir mal, de la jouissance trouvée dans le fait de se disqualifier, de se nier ou de saboter les réussites possibles. La souffrance est parfois investie comme source de plaisir dans une ultime tentative de garder le contrôle et la domination dans une situation où les rapports de force ne nous sont pas favorables.

Le masochiste s'entretient dans des conduites d'échec. Il se plaint de ne vivre que des malheurs et, en même temps, il trouve toujours des excuses ou de bonnes raisons pour les justifier. Il ne sait guère profiter des moments de plaisir ou de ses réussites. Il accepte de faire pour autrui des actions qui demandent un sacrifice excessif de soi. Il repousse les offres d'assistance ou de conseil. En se disqualifiant, il disqualifie implicitement celui qui voudrait l'aider, lui montrant qu'il a bien peu de valeur pour se rendre disponible ou s'intéresser à quelqu'un qui en vaut si peu la peine.

Il ne sait pas recevoir un cadeau ou un compliment. Cela est fréquent chez d'autres composantes, mais lui, quand il répond : « Il ne fallait pas », il le pense vraiment, sans fausse modestie, il se vexe et il en souffre. Une preuve: si vous lui offrez un cadeau vraiment très beau et coûteux, vous constaterez plus tard que, comme par hasard, il s'abîmera ou le cassera.

La dominante se construira autour d'une structuration sadomasochiste, avec soit une érotisation de la souffrance reçue, soit un plaisir pris à la souffrance donnée.

L’évolution pathologique de cette dominante débouchera sur des perversions avec des humiliations, des tendances à restreindre l'autonomie des proches, des comportements autodestructeurs et destructeurs.

La composante hystéroïde

Son support sera constitué par un investissement important du corps en représentation, avec des manifestations gestuelles et des expressions corporelles excessives, exagérées, dramatisées, théâtrales, décalées ou disproportionnées par rapport à l'élément déclencheur ou à la situation vécue ; par une manière générale de se comporter à base d'excitabilité, de réactivité émotionnelle peu authentique et réveillée par des sollicitations ou des stimulations même minimes.

La tolérance aux frustrations ou aux retards de gratifications est faible.

La dominante sera un ancrage relationnel de type hystérique. L'expression pathologique débouchera sur des crises hystériques excessives, incontrôlées.

La composante paranoïde ou paranoïaque

Elle s'appuiera sur un état récurrent de méfiance, un sentiment de persécution, de rejet, d'exclusion, de non-amour ou de déni, le tout basé sur une lutte profonde et constante contre toute forme de dépendance relationnelle.

Ces ressentis basculent ensuite vers des positions marquées par l'exacerbation du sentiment de menace. La forme paranoïde se caractérise par de la méfiance, avec des attitudes persécutrices par rapport à autrui, des accusations, des mises en cause, des comportements procéduriers, une attitude permanente de doute vis-à-vis du reste du monde.

Dans le versant paranoïaque, c'est la lutte contre le risque d'attaque ou d'intrusion en provenance de l'extérieur qui est dominant, avec une attitude marquée par une grande prudence, la tendance à attribuer à l'autre des intentions de nuire ou de tromper, le ton docte, le recours aux évidences et aux certitudes. La méfiance est circonscrite aux personnes plus qu'aux situations.

La dominante paranoïde se développe sous des formes variées qui s'étendent du contrôle à la persécution et à la menace, et qui peuvent même aller jusqu'à des passages à l'acte. Certaines formes de jalousie aiguë et de possessivité peuvent alterner avec des phases de repli défensif agressif sur soi-même.

La forme pathologique en sera la paranoïa, qui donne à celui qui en souffre ou qui en est atteint le sentiment aigu, envahissant et permanent que l'autre est un ennemi potentiel, un être dangereux ou nocif, une menace. Cela peut déboucher sur des fantasmes et des passages à l'acte visant à l'élimination et la destruction d'autrui.

La composante phobique

Elle est surtout caractérisée par la peur persistante d'une situation ou d'un objet donné, par la recherche de réassurances, le recours à l'évitement des situations ou de l'objet qui déclenchent de l'angoisse ou qui réactivent un sentiment d'insécurité. En dehors de ces situations ou de ces objets bien circonscrits, la personne n'apparaît pas angoissée et se défend de l'être. Le risque est celui d'une généralisation des situations anxiogènes. La composante phobique peut entraîner une réduction durable du potentiel d'action et évoluer en phobie sociale. Dans sa forme dominante, elle peut déclencher des inhibitions, des blocages relationnels et des paralysies diverses qui entraînent des limitations importantes et invalidantes dans la vie au quotidien (difficulté à se déplacer seul(e), impossibilité de faire ses achats dans certains lieux comme les grandes surfaces ou à l'inverse les petits commerces, peur d'être pris de panique chez le coiffeur, peur de se mettre à trembler en prenant son verre ou sa tasse de café...)

La composante obsessionnelle

Elle est composée d'attitudes de contrôle, de méticulosité, avec une compulsivité au rangement, à la vérification, avec une organisation paperassière ou rigoureuse de la vie, sans fantaisie. Elle suscite des rigidités et des comportements répétitifs très énergétivores (pertes de temps considérable, par exemple). Elle est assortie le plus souvent d'une inquiétude latente vis-à-vis de l'imprévisible et de toute forme de « hasard » qui empêche de vivre le présent et de s'abandonner à la richesse de l'instant, avec des mécanismes de défense à base de rationalisations, d'intellectualisation.

La dominante obsessionnelle se traduit par une recherche visant à classer, ranger, contrôler, ritualiser à l'extrême pour désaffectiver les choses, anticiper le futur en oubliant de vivre le présent, avec des rétentions importantes, une difficulté à donner et à recevoir.

La forme pathologique en sera l'envahissement de l'esprit par des doutes, des compulsions, par des peurs irrationnelles entraînant isolement, repli sur soi et provoquant parfois des angoisses paralysantes. Le principal des énergies est mobilisé ou réquisitionné pour éviter l'émergence de l'angoisse et des conflits internes.

La composante instabilité des humeurs ou des comportements

Elle se reconnaît à la variabilité cyclique des émotions et des sentiments pouvant entraîner l'apparition de comportements irrationnels et imprévisibles sans commune mesure avec les situations vécues.

Ce qui caractérise cette composante, c'est l'alternative de phases d'excitabilité (fausse joyeuseté ou gaieté excessive, agitation, logorrhée) et de phases de découragement, d'abattement, de déprime, de non-confiance en soi ou de doute et de confusion.

La dominante, fondée sur une alternance imprévisible des phases d'excitation et de dépression, semble souvent quasi indépendante des stimulations extérieures.

La forme pathologique en sera la maniaco-dépression pouvant aller jusqu'au délire avec une production d'actes et de conduites inadaptés qui inquiètent et culpabilisent l'entourage. Elle peut conduire à des suicides ou à des dépressions profondes.

La composante narcissique

L’ego envahit tout l'espace social, avec une incapacité à se décentrer et à tenir compte d'autrui et une manière d'être basée sur un sens grandiose de sa propre importance, une surestimation de ses réalisations ou de ses capacités, avec des attentes d'être reconnu comme exceptionnel alternant avec des phases de découragement fondées sur le sentiment d'être nul ou indigne.

C'est que la manière d'être habituelle est régie surtout par un idéal de soi très élevé qui n'admet pas les erreurs ou les tâtonnements. Le sentiment correspondant est plus celui de honte que de culpabilité, et les réactions sont davantage des crises de rage contre soi que de colère contre l'autre.

L’autre est utilisé comme faire-valoir ou pour parvenir à ses fins, traité comme quelqu'un dont la fonction est surtout de renforcer l'estime de soi pour soi.

Si, dans sa forme ordinaire acceptable et même souhaitable, la composante narcissique correspond à une forme d'amour de soi ouverte et bienveillante, la manifestation concentrée et pathologique est cette part d'amour de soi qui s'aime comme objet et plus que tout autre.

Elle se fonde sur l'illusion d'être le centre et le maître du monde et repose, lorsqu'elle exhibe sa toute-puissance, sur une contradiction. Toute tendance narcissique exacerbée s'affirme et se proclame suffisante, alors qu'elle a dans le même temps besoin de la présence d'un autre qui la reconnaisse et l'approuve. Le narcissique peut exercer un véritable terrorisme relationnel, car il ramène tout à lui-même. Tout se passe comme si le monde entier devait le reconnaître. On retrouvera inévitablement des personnes présentant cette composante à des postes de pouvoir qui bien sûr les attirent.

La composante perverse

Cette composante est délicate à définir en quelques mots tant le terme fait l'objet d'amalgames et d'usages réducteurs. Il est d'autant plus important d'en dire quelques mots qu'elle est peut-être, parmi les composantes évoquées ici, celle qui est la plus difficile à reconnaître en soi et à identifier chez l'autre. La composante perverse se nourrit, dans ses formes les plus structurées, du plaisir à faire mal et à faire souffrir. Mais elle se caractérise surtout par une manière particulière d'entrer en relation avec l'autre, réduit au statut d'objet. La relation perverse se définit par une forme de relation abusive d'emprise qui est la forme la plus extrême de la relation inégalitaire. Elle se reconnaît à « l'influence qu'un partenaire exerce sur l'autre et ceci à l'insu de ce dernier'. Elle s'oppose à la relation de maîtrise obsessionnelle qui repose sur une différenciation nette entre soi et les autres. La relation d'emprise perverse capte le partenaire ou l'interlocuteur par des attitudes séductrices très habiles qui lui assignent un rôle de double ou de miroir. Par exemple, l'emploi du « on » ou du « nous » dans ce cas n'a pas la même valeur que le « on » fusionnel. C'est un « on » qui inclut l'autre sans lui demander son avis, comme s'il était évident qu'il soit complice et qu'il ne puisse rien vivre, ressentir, percevoir ou penser d'autre que celui qui parle.

Les procédés relationnels de cette nature ne manifestent pas l'opposition massive des organisations psychopathes qui ont recours à des passages à l'acte bruyants. Ils reposent sur un double jeu relationnel qui passe par une soumission apparente et une bonne collaboration, bien qu'elle soit en fait inauthentique, assorties de transgressions constantes, d'une manière ou d'une autre, des règles ou des lois. Ces caractéristiques sont d'autant plus pernicieuses et ambiguës qu'elles se dissimulent habilement.

Parmi les attitudes relationnelles perverses se retrouvent aussi toutes les manières de che

rcher à dire le faux pour savoir le vrai, donner le fictif pour le réel, tous les jeux autour du montré/caché, de la manipulation du secret qui visent à capter l'attention de l'autre et obtenir son adhésion, à le fasciner et à attiser sa curiosité. Toutes les formes d'effraction ou d'intrusion dans l'intimité, par exemple, appartiennent à ce registre.

La composante perverse a recours tout particulièrement aux messages non verbaux' avec de nombreuses contradictions entre ce qui est dit et ce qui est réellement transmis ou exprimé par le langage analogique.

La composante parasitaire

Elle s'exprime par le besoin de dépendre de quelqu'un et de réclamer toujours plus de lui. Le parasite s'attache à quelqu'un qui lui paraît suffisamment donnant et solide pour subvenir à ses propres besoins. Bouche ouverte et main tendue, les premiers mots prononcés dans une rencontre traduisent une demande : « Tu as pensé à moi, tu devais me donner... », « Tu n'as pas oublié de me ramener ce que tu m'avais promis ? ».

Les modalités manipulatrices sont variables et d'une ingéniosité souvent remarquable et inépuisable. Dans la plupart des cas, le parasite s'arrange pour laisser croire à l'autre... que c'est ce dernier qui a besoin de lui. Dans sa forme extrême, le parasite se greffe littéralement sur un alter ego qu'il va dévorer plus ou moins rapidement.

JACQUES SALOMÉ

Le courage d’être soi.
L'ART DE COMMUNIQUER EN CONSCIENCE
Les Éditions du Relié
84220 Gordes France

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