"De même que les médaillons peints servaient dans les Cours d'Europe à montrer aux futurs époux les traits de celle ou de celui qui serait leur conjoint, les oeuvres d'art originales furent longtemps connues par Ia seule diffusion de gravures ou de copies.

Rien, toutefois, ne dispensait du voyage qui permettrait de voir, en vrai, l’œuvre unique. Cette rencontre nuptiale, elle aussi, demeurait décisive. Et rien ne semble vraiment changé en la matière, si ce n'est qu'une grande profusion mécanique et même industrielle nous permet à présent de mieux préparer nos voyages. Il est vrai que l'héliogravure et la photographie, sans atteindre la reproduction quadri en offset, ont permis la constitution de ce qu'André Malraux appela superbement le "Musée imaginaire",

Peintures, sculptures, temples et reliefs, de tous temps et de tous lieux, devenaient ainsi accessibles, fût-ce en détails ou en gros plans. On aurait pu craindre une sorte d'inflation, mais il n'en fut rien. L'art en fut mieux connu, mieux apprécié et mieux fréquenté.

Reste le dommage d'une grande relativité installée tant dans l'angle des prises de vue que dans la grandeur pauvrement normalisée de toutes ces oeuvres, ramenées aux dimensions de la carte postale ou de cet écran où elles s'allument toutes pareilles, images d’œuvres colossales ou minuscules, projetées pour un temps, sur une blanche paroi de caverne platonicienne".

Texte de présentation
Première exposition Flash art - 1987 (FNAC)
Monsieur Pierre Somville,
Professeur à l'Université de Liège.